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Les confettis du premier soir · Un extrait de La boîte à confettis

1. Les confettis du premier soir

Si quelqu’un m’avait dit, ce jour-là, que je me souviendrais de ces vacances treize ans plus tard dans leurs moindres détails, j’aurais probablement souri.

Je ne l’aurais pas cru.

Nous étions quatre, simplement heureux d’être ensemble.

Deux garçons qui ne tenaient jamais en place. Un mari persuadé que tout pouvait se prévoir, s’organiser, se gérer.

Et moi, quarante et un ans !

Une entreprise, des projets plein la tête, l’impression d’avoir enfin construit la vie dont j’avais rêvé, dont nous avions rêvé, ensemble !

Une vie pleine.

Une vie intense.

Une vie qui ressemblait à une victoire.

Nous partions fêter le Nouvel An à Cuba.

Nous ne savions pas encore que nous emportions déjà avec nous les premiers confettis d’une histoire qui allait bouleverser la suite.

Je m’arrête une seconde, sans même le décider, sur le pas de la porte de l’aéroport.

L’air est lourd. Différent. Épais. Une chaleur humide qui colle à la peau dès les premiers pas dehors, si loin du crachin du Nord qu’on croirait changer de planète plutôt que de pays.

Les moteurs toussent, dehors, en rang serré. Des chauffeurs agitent des pancartes couvertes de noms griffonnés. Des hommes parlent fort, se hèlent d’un bout à l’autre du parking.

Quelque part, une vieille Chevrolet turquoise laisse échapper un nuage de fumée bleue, dans un bruit de moteur qui tousse plus qu’il ne ronronne.

La Havane sent le diesel et le sucre brûlé.

Une odeur impossible à comparer avec quoi que ce soit d’autre. Une odeur qui appartient à cet endroit, à cette lumière, à cette chaleur.

Virgile a treize ans, au collège en quatrième, et déjà l’œil qui traîne partout, sur les vieilles américaines qui roulent encore dans les rues, les façades colorées qui racontent mille histoires, sur les hommes qui jouent aux dominos sur le pas des portes… Il possède déjà cette curiosité qui le caractérisera toujours. Ce regard qui observe tout, qui cherche les détails que les autres ne voient pas.

Victor, neuf ans, en CM1, ne lâche pas ma main dans la foule du terminal. Du moins, pendant quelques minutes !

Virgile est la copie physique conforme de son père. Brun, les yeux marron. Victor, lui, a été une surprise totale. Je m’attendais, à sa naissance, sans me l’avouer, à un troisième exemplaire brun. Quelle n’a pas été ma surprise, lors de nos premières retrouvailles à la maternité, de câliner un charmant blondinet aux yeux bleus qui me ressemble.

L’aéroport grouille. Les taxis nous hèlent. En attendant les valises, les garçons tentent de faire la course avec les chariots, comme à leur habitude ; je les réprimande.

— Doucement les garçons !

Je connais déjà la suite.

Quelques minutes plus tard, Victor monte sur le tapis roulant des bagages et se met à courir dessus, hilare.

— Victor !

Trop tard. Virgile se lance déjà à sa poursuite pour le faire descendre, avec cette maturité de grand frère qui consiste surtout à faire semblant d’être raisonnable.

Bref, je récupère tout mon petit monde, calme cette testostérone qui s’exprime après tant d’heures de vol et ce décalage horaire de six heures. Ouf ! Moi aussi, je suis crevée. Et excitée.

Je rêve déjà, moi aussi, d’une douche et d’un lit.

Arriver éreintée en vacances, c’est une sensation que je connais par cœur. L’impression d’avoir déjà tout donné avant même que cela commence, comme si le repos, lui aussi, devait se mériter à la sueur.

La suite vous attend dans La boîte à confettis.

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